L'Optique

        fut-elle connue des Anciens ? - III
    

 

 

 

Tant de faits convergents ne laissèrent aucun doute dans mon esprit ; les peuples antiques ont donc pu connaître les lunettes ; car, remarquez-le bien, une lunette astronomique n'est que l'assemblage de deux lentilles convexes : l'une, la plus grande, nommée objectif et qui est tournée vers l'objet dont elle forme une image derrière elle ; l'autre, l'oculaire, employée comme une loupe pour grossir l'image fournie par la première.

Lorsqu'au commencement du XVIIème siècle, John Lippersey inventa la lunette que devaient perfectionner Galilée et ses contemporains, il ne faisait que retrouver, probablement, un appareil connu depuis la plus haute Antiquité. Je dirai même que la lunette de Galilée, comparée à celles des anciens, devait être de qualité bien inférieure ; les lentilles, vers l'an 1610, étaient toujours biconvexes alors que les loupes anciennes, celles de Carthage et de Ninive, étaient plan-convexes, ce qui leur assurait un certain achromatisme. L'hypothèse est d'autant plus vraisemblable que si l'on refuse aux peuples de l'Antiquité cette connaissance intéressante, il devient impossible d'expliquer bon nombre de leurs assertions ; je me contenterai d'un exemple emprunté à Démocrite. Ce philosophe affirmait que la Voie lactée, si brillante dans la contrée qu'il habitait, est formée d'une quantité innombrable d'étoiles : « c'est le mélange confus de leur lumière, dit-il, qui est la cause de sa blancheur phosphorescente. »

Un astronome moderne ne parlerait pas mieux. Comment Démocrite aurait-il deviné pareille explication s'il n'avait regardé dans une lunette, alors que chez les nations de son temps, le peuple croyait encore à la légende des gouttes de lait échappées du sein de Junon ? A moins que les anciens ne connussent le télescope, cet instrument formé d'un miroir concave réfléchissant. Et cette supposition n'est pas plus invraisemblable que la première. Certains écrivains citent, à l'appui de cette thèse, les miroirs ardents qu'Archimède employa au siège de Syracuse pour brûler les vaisseaux de Marcellus. Toutefois, il paraît bien démontré aujourd'hui que les miroirs en question n'étaient pas concaves, ni d'une seule pièce, mais formés d'un grand nombre de glaces renvoyant les rayons solaires au même point. Une telle disposition réalise la même concentration qu'un miroir de télescope et, à l'aide de cent quarante-huit glaces, Buffon réussit autrefois à enflammer une planche de sapin éloignée de quarante-neuf mètres.

La critique toutefois s'est montrée plus prudente lorsqu'il s'est agi d'expliquer un fait rapporté par des historiens sérieux au sujet de la vision à l'aide d'un appareil inconnu. Ptolémée Evergète, frère du roi Ptolémée Philadelphe, qui vivait au IIIème siècle avant J.-C., avait fait établir, au sommet du phare d'Alexandrie, un instrument avec lequel on découvrait de très loin les vaisseaux. Beaucoup d'auteurs se sont demandé s'il ne s'agissait pas là d'un miroir concave. La chose est très possible, mais je dois ajouter qu'un miroir de ce genre ne suffirait pas sans le secours d'une lentille pour rapprocher les objets, et rien ne s'opposait à cette époque à la réalisation d'un tel système optique. Cela ressort évidemment de tous les témoignages.

Quoi qu'il en soit, il est bien singulier de constater que les anciens, d'après des textes dignes de foi, regardaient les astres à travers des tubes. Ces derniers aidaient-ils les astronomes dans leurs moyens de visée ou bien portaient-ils des lentilles, nous l'ignorons, mais le fait est à rapprocher d'une trouvaille intéressante dont le récit vient à point pour clore ce chapitre.

Au cours de fouilles opérées récemment dans l'ancienne cité royale de Méroë, le Professeur John Garstang, de Liverpool, mit à jour les fondations d'un monument qui n'était certainement ni un temple, ni une habitation ordinaire. Un examen attentif révéla qu'on avait affaire à un ancien Observatoire astronomique. Sur un fût de colonne sont tracées des droites en rapport avec la position du Soleil à une certaine période de l'année et avec la latitude de Méroë. Mais ce qu'il y a de plus étonnant, c'est le relevé des inscriptions ou « graffitis » de l'époque : certaines pierres sont couvertes d'équations numériques se rapportant à des phénomènes astronomiques ayant eu lieu 200 ans avant l'ère chrétienne ; sur l'une des murailles démantelée, se trouve un dessin encore plus suggestif, sorte de croquis fait à la hâte et qui représente la silhouette grossière de deux personnages : l'un d'eux, assis, paraît occupé à relever la position des astres au moyen d'un instrument des passages, rappelant tout à fait nos lunettes méridiennes, avec cercle et appareil azimutal.

Et maintenant quelles conclusions allons-nous dégager de tout cet ensemble ? Rien d'absolument positif, mais une série de suggestions bien propres à nous rendre prudents dès qu'il s'agit de juger la science des anciens. Dès les temps les plus reculés, l'Astronomie a été une science cultivée et même très avancée. La mesure des diamètres de la Lune et du Soleil, la prédiction des éclipses et d'autres phénomènes célestes, supposent que les prêtres égyptiens ou les astronomes chaldéens possédaient des instruments adaptés à ce genre de travaux. En quoi consistaient leurs appareils ? Nous ne possédons aucune donnée positive pour répondre à cette question, mais il n'est pas invraisemblable de penser que l'Optique y jouait un certain rôle.

Toutefois, si la sphère céleste leur était familière, on n'en saurait dire autant de la sphère terrestre. Sans doute, les voyages auraient pu apprendre aux peuples antiques que la Terre était ronde et isolée dans l'espace, mais rien ne permet de supposer que cette idée leur fût venue à l'esprit. Aussi loin que nous remontions, il faut arriver à Anaximandre (VIème siècle avant J.-C.) pour voir surgir à ce sujet des propositions à peu près exactes. Les Grecs, nous le savons, ont beaucoup emprunté aux Egyptiens, mais ici, leur science paraît toute personnelle et ce sont eux qui semblent avoir professé les premiers la sphéricité de la Terre. Jusqu'à plus ample information, il apparaît bien que les constructeurs de la Grande Pyramide n'avaient pu mesurer, même indirectement, le rayon polaire du globe, encore moins fixer la distance du Soleil, la valeur de la précession, ni même repérer leur position par rapport à la surface entière de la Terre ; et si tout cela est contenu dans la Pyramide de Khéops, l'origine de ces données reste de plus en plus inexplicable.

Piazzi Smith aurait-il donc eu raison et faudrait-il donc invoquer d'antiques Traditions ? Avouez-le, nous sommes en plein mystère !

 Abbé Th. MOREUX

« La Science Mystérieuse des Pharaons »

 

 
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Dernière modification : 22 Février 2007