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Procédons par étapes et avançons prudemment dans ce
domaine à peine exploré. Tout d'abord, il est certain
que les Anciens connaissaient le verre et, qui plus est,
savaient le travailler.
Dans un passage de ses écrits, Aristophane rapporte
que de son temps on vendait des boules de verre chez les
épiciers d'Athènes. Plus tard, Pline raconte que
l'immense théâtre élevé à Rome par Scaurus, gendre de
Sylla, et qui pouvait contenir quatre-vingt mille
spectateurs, possédait trois étages, dont le second
était entièrement incrusté d'une mosaïque de verre.
Au VIIe Livre des Recognitions, le pseudo
Clément rapporte que Saint Pierre étant allé dans l'île
d'Aradus, y vit un temple dont les colonnes tout en
verre, d'une grandeur et d'une grosseur extraordinaires,
excitèrent encore plus son admiration que les belles
statues de Phidias, dont ce temple était orné.
Sénèque, dans ses Questions Naturelles, parle
des phénomènes de coloration qu'on aperçoit en regardant
à travers des angles saillants de verre. Dès cette
époque, on connaissait donc le prisme et la réfraction.
Sous le règne de Néron, on se servait de coupes de
verre blanc qui, au dire de Pline, le disputaient en
limpidité aux coupes de cristal de roche taillé. Les
urnes lacrymales trouvées dans les tombeaux sont aussi
en verre, et c'était sur des globes de verre qu'à la
même époque, on traçait les sphères célestes et les
constellations.
Dans son Optique, Ptolémée a inséré une
Table des réfractions qu'éprouve un rayon lumineux
en traversant le verre ; or les indices de réfraction
donnés par nos Physiques modernes s'en rapprochent
tellement qu'il faut conclure que le verre de cette
époque différait très peu de celui que nous fabriquons
aujourd'hui.
Tous ces faits sont certains ; ils ne prouvent pas,
dira-t-on, que les savants antiques connaissaient les
propriétés des lentilles.
Sans doute, mais voici d'autres témoignages.
L'émeraude, à travers laquelle Néron regardait les
objets, est devenue légendaire. Ce chaton de bague lui
servait de monocle, mais Pline n'est pas très explicite
à ce sujet. On peut croire légitimement que ce verre
était taillé en forme de lentille concave.
Cependant, bien avant lui, au Vème siècle avant notre
ère, Aristophane, dans sa comédie des Nuées,
rapporte une singulière plaisanterie : Strepsiade
explique à Socrate la propriété qu'ont les boules de
verre exposées au soleil d'allumer les corps
combustibles. Par ce moyen, l'ingénieux personnage
entrevoit la façon, dit-il, de se dispenser de payer ses
dettes, en détruisant de loin toute espèce d'assignation
dans les mains de ses créanciers sans qu'ils puissent
s'en apercevoir.
Les Romains, héritiers de la science des Grecs,
employaient pour cautériser les chairs, à défaut de la
pierre infernale, des boules de verre exposées au
soleil. Et lorsque les Vestales, par négligence,
laissaient s'éteindre le feu sacré, on devait le
rallumer au moyen de la chaleur du soleil concentrée par
des sphérules de verre.
Les anciens connaissaient donc la propriété des
lentilles sphériques concentrant les rayons lumineux en
un seul foyer ; mais des appareils de cette sorte sont
bien mauvais en tant qu'instruments d'optique.
Toutefois, habitués à travailler le verre, les ouvriers
de l'époque ont dû être acheminés forcément à fabriquer
des demi-sphères rappelant nos lentilles pour les
horlogers ou même nos oculaires achromatiques de
lunettes et de microscopes.
Pure hypothèse, direz-vous, mais nécessaire cependant
pour expliquer des faits nombreux qu'on ignore
généralement.
a/s...
Abbé Th. MOREUX
« La Science Mystérieuse des Pharaons »
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