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L'obscure clarté
(Corneille) des Mystères convient bien à
celui des Cagots.
Dans son acception moderne
et populaire le mot cagot renvoie au faux dévot, voire
au bigot, sans se soucier que ces deux sens s'opposent.
Les encyclopédies font de ces êtres à
part des groupes sociaux défavorisés et regroupés en
isolats dans les vallées pyrénéennes centrales ou
occidentales d'accès difficile.
C'est oublier que ces
êtres curieux se répartissaient sur l'ensemble du
beau pays de France et que seul le nom régional
changeait. Ce nom de cagot, passé dans le langage
commun, était réservé aux allogènes du versant
septentrional des Pyrénées ; dans le Bordelais, on
utilisait le mot gafet ; en Navarre ils étaient appelés
les agotes ; en Gascogne on utilisait plus facilement
les termes capots ou cassots ; en Bretagne on trouve les
caqueux ou cacous, etc.
Les archives nous livrent
parfois une appellation que l'on peut qualifier de
commune, les gésitains, et quelques variantes du même
mot. Les chartes du Moyen Age usent parfois du terme chrestians, nous en reparlerons mais il nous faut
savoir que ce terme s'appliquait aussi à des
maisons d'habitation, une sorte de qualificatif. Sous la
plume de nombreux historiens, les Cagots seront
volontiers confondus avec les lépreux, et il n'est pas
rare de voir écrit dans les rares textes traitant de la
cagotterie que les Cagots n'étaient, somme toute, que
des lépreux blancs (Béarn), voire même de faux lépreux
ou des malfrats.
Enfin et péjorativement,
certains exégètes n'hésiteront pas à
faire dériver le nom cagot du latin cacare (puisé
sans doute dans Le Roman de Renart), et dont je laisse la
traduction au curieux latiniste.
Les
Cagots
sont bien une exception ethnologique si on peut parler
ainsi, une exception dérangeante que nombre
d'historiens voulurent réduire et ranger dans une
inexplicable marginalité historique. Ils appliquèrent
une ethnologie et une ethnographie originales à
ces parias pour en faire tout d'abord des lépreux, des
rescapés des armées battues d'Abb-al-Rahman, puis
des hérétiques ariens, des Goths abâtardis, etc.
La polémique
n'est du reste pas refermée sur ces êtres
atypiques et pendant longtemps nous savons que la société
les rejeta aux frontières sociales, et ce que
Francisque Michel a écrit sur eux dans son Histoire des
Races Maudites de la France et de l'Espagne est très
certainement en dessous de la vérité.
Comme toute
micro-société marginale, les Cagots furent soumis au
port d'un signe distinctif que l'on appelle couramment
le signe d'infamie, et ceux qui continuent à voir
dans les Cagots des lépreux devraient se référer aux
nombreuses études consacrées aux signes d'infamie du
Moyen Age. C'est ainsi que les Juifs étaient astreints
au port de la rouelle ou roue (rotella, rota) de couleur
rouge ; les Sarrasins devaient arborer une roue en étoffe
jaune (Concile d'Ofen, 1279) ; les filles publiques ornaient leurs vêtements de galons (jarretières
ou aiguillettes) ; les Cagots allaient se voir imposer
une marque ancienne depuis longtemps oubliée, le pied
d'oie ou de canard.
a/s...
Daniel CASTILLE
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