Les Femmes et
       
 l'Ancien Ordre du Temple
   

 

 

 

Nous abordons ici un problème qui a fait l'objet de controverses aussi passionnées que partisanes, celui de la présence des femmes dans l'Ancien Ordre du Temple.

Il semble que, par sa règle, le Temple ait été exclusivement réservé aux hommes. Nous lisons en effet « Périlleuse chose est la compagnie des femmes car le diable antique, par compagnie des femmes, a rejeté l'homme hors du sentier du paradis... Nous faisons défense de recevoir des femmes dans les maisons. Nous croyons périlleuse chose pour toute religion que de trop regarder les femmes. » (Articles 70 et 71).

La cause paraît entendue. Nous retrouvons, dans ces articles, la méfiance et les préjugés de l'Église romaine contre les femmes. Elle n'est pas sans excuse, car elle a été fortement influencée par les coutumes et la législation de la Rome Antique. Celle-ci était loin d'admettre l'égalité des deux sexes. Soulignons qu'il a fallu deux millénaires pour effacer ce dogme de la supériorité de l'homme sur la femme dans les pays d'Occident. Encore ne peut-on affirmer que c'est chose faite. L'Ordre Ancien du Temple était donc tenu, sous peine d'être condamné par les pouvoirs civils et religieux, de se conformer apparemment à cet état d'esprit.

Mais les Initiés de l'Ordre du Temple ne pouvaient ignorer l'existence d'une initiation féminine. Au passage, nous faisons remarquer que bien peu d'historiens se sont penchés sur le cas des femmes initiées. Sans doute parce que l'on ne supposait même pas qu'elles puissent exister.

Dans l'Égypte antique, héritière de l'Atlantide, la femme occupe une place comparable à celle de l'homme. Elle peut accéder à l'autorité du Pharaon, participer aux rites sacrés, se consacrer à l'art magique de la musique et être initiée dans les temples. Certaines ont même accédé aux fonctions sacerdotales les plus hautes. Plus tard, les communautés initiatiques égyptiennes se répandent dans tout le bassin méditerranéen sous la forme des mystères isiaques.

En Grèce, les prêtresses sont nombreuses. Elles forment des collèges sacerdotaux et initiatiques placés sous le patronage d'Artémis (les Abeilles de Delphes, les Colombes de Dodone, les Uraniennes de Corinthe). Pythagore favorise l'accès des femmes à l'initiation et crée des communautés d'Initiées. Dans le monde romain, la tradition initiatique se concentre d'une part chez les Vestales qui entretiennent le Feu sacré et dans les cultes et mystères orientaux. Mais très vite le contenu initiatique s'efface. Alors qu'en Mésopotamie se multiplient les communautés de « Soeurs », la Gaule compte de très nombreuses Druidesses. Point n'est besoin de citer les historiens antiques pour rappeler les Druidesses de l'île de Sein, du pays des Nammètes, du Mont-Saint-Michel et de Chartres. Après la conquête romaine, des collèges initiatiques féminins subsisteront à Remiremont, au mont Sainte Odile.

Mais c'est en Irlande que l'initiation féminine va se perpétuer au sein du christianisme celtique, héritier de la tradition druidique. Il crée de nombreux monastères qui accueillent les hommes et les femmes. Cette tradition est communiquée à l'Ordre du Temple de Saint Bernard.

Par suite de l'emprise romaine sur la vie religieuse et culturelle de l'Occident du XIIème siècle, il n'était pas possible à l'Ordre du Temple d'admettre les femmes en son sein. Et la règle de 1128 reflète cette impossibilité due à la mentalité de l'époque.

Toutefois, il n'est pas inutile de préciser que l'Ordre pouvait avoir des affiliées, appelées par ailleurs des donats. C'étaient des femmes qui se plaçaient sous la protection de l'Ordre. Les textes de l'époque montrent que les Templiers usèrent largement de cette disposition, y compris pour les femmes excommuniées. Il était alors facile à l'Ordre d'accepter des femmes dans son sein sans que les autorités civiles et religieuses en prissent ombrage. C'est ainsi qu'une minorité de femmes furent reçues dans l'Ordre. S'il restait des doutes sur l'admission des femmes dans l'Ordre, nous pouvons citer des cas irréfutables :

1°) - En 1305, l'abbaye des Camaldules de Saint-Michel-de-Lemmo ayant été donnée au Temple, son abbesse est admise dans l'Ordre.

2°) - Elvire de Saint-Jean-de-Bonneval donne ses biens à l'Ordre et y entre.

3°) - Azalais, femme de Roussillon, prononce ses voeux dans l'Ordre pour « Servir Dieu et vivre sans bien sous l'autorité du Maître ».

4°) - Jeanne de Chaldefeld est admise au Temple de Londres.

Citons d'autres cas à Arras, en Bourgogne...

Il est aussi à souligner que c'est à travers la Vierge Marie, Notre Dame, que l'Ancien Ordre du Temple perpétue la symbolique de l'initiation féminine. La Vierge faisant partie des dogmes fondamentaux de l'Église, on ne pouvait la mettre en cause. C'est pourquoi l'Ordre du Temple vouait à la Vierge Marie une dévotion particulière. Dévotion qui s'explique par le fait qu'elle est aussi un archétype du Temple.

De nos jours, l'Ordre du Temple, délivré de toute emprise extérieure, professe l'égalité de l'homme et de la femme dans l'Initiation.

Jean-Marie PARENT

 

 
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Dernière modification : 13 Février 2007