Les Djinns - IV
    

 

 

 

Il est évident que le Christianisme ait tonné contre de tels artifices, mais les prêtres coptes étaient trop imprégnés de la magie de l'Egypte ancienne pour s'en détourner. On décida donc de la « baptiser » pour lui conférer le qualificatif de « chrétienne » et de la faire entrer dans le giron de l'Eglise, ce qui n'empêcha pas les critiques de fuser. Eusèbe de Césarée rapporta les vifs reproches de magie qu'on faisait aux Chrétiens, dans son livre V de « L'Histoire Ecclésiastique », reproches réitérés par les philosophes païens. Jésus fut considéré comme un magicien ayant été initié dans les sanctuaires égyptiens. Moïse de même. Et les Juifs furent assimilés à des adorateurs d'Anges, pratiquant des rituels théurgiques pour se les propitier. Celse, dans son « Discours Vrai », corrobore ces accusations :

« Chez plus d'un prêtre de leur religion (le Christianisme), j'ai vu des livres barbares remplis de noms de démons et de conjurations... »

Puissants sont les pouvoirs des prêtres chrétiens, héritiers de la théurgie païenne des antiques sanctuaires du Proche-Orient.

Certains Musulmans, séduits par leurs étonnantes possibilités occultes, eurent recours à leurs offices car, depuis la disparition du roi des Sûflî, Shamhûzish, la magie des Cheikhs n'est plus opérante. Cette puissance d'action sur l'Invisible est confirmée par la légende suivante : Salomon réussit à soumettre les Djinns car il reçut de Dieu, par l'intermédiaire d'un Ange, un anneau, un sceau surnommé « Clavicule » (petite clé).

Cette croyance est très forte en Egypte où l'on considère Salomon comme l'égal de Dieu : Iaô Sabaoth, affirmation prouvée par la découverte de l'inscription suivante : « Iaô Colomon Cabaô », sous une image d'Isis, déesse cosmique et rectrice de la Fortune.

Perdrizet, « Sphragis Salomônus », Revue des Etudes Grecques, XVI

Une composition juive : « Le Testament de Salomon », nous présente les fréquentations du roi avec des êtres extra-humains. Lorsque Salomon fit construire le Tempe de YHWH à Jérusalem, il avait à son service un « Icoglan » (une créature mystérieuse qui travailla à l'érection du sanctuaire - un peu comme Hiram de Tyr) qu'il chérissait tendrement.

Quant au « Coran », il nous montre ce souverain commandant aux vents, aux Djinns, aides précieuses pour les travaux entrepris par Salomon et rédacteur d'écrits sapientaux où furent révélés tous les mystères de la Nature. 

A sa mort, ce savoir fut recueilli par son fils Roboam (en 931 av. J.-C.). Il enferma tous ces secrets dans un coffret d'ivoire qu'il déposa dans la sépulture de son père. Des philosophes babyloniens, découvrant ce coffret, essayèrent de lire le contenu, mais impossible de comprendre cette langue inconnue. Foz Groec, l'un des membres de ce cénacle, bénéficia de l'aide d'un Ange pour déchiffrer ces textes mystérieux. Il en tira le fameux grimoire des « Clavicules de Salomon ». Les Chrétiens des premiers siècles ont souvent été mis en garde contre l'utilisation des techniques magiques salomoniennes, qui impliquèrent un retour silencieux des dieux du Paganisme, ces divinités issues de l'Elément le plus pur : le Feu. Malgré les interdits, on continua à fréquenter ces esprits ignés. Selon Nicétas de Chones, une impératrice byzantine utilisait une bible salomonienne afin de pouvoir s'entretenir avec ces entités honnies par moult interdictions religieuses.

Le Maître des Djinns, Salomon, identifié au saint copte Sisinnios, cavalier perçant la démone ophidienne Alabasdria, est assimilé à l'Archange Michel, celui « qui est comme Dieu ». Il semblerait que ce fût un avatar du dieu Zeus, garant du cosmos, terrassant le serpent du Chaos des origines. Ce roi magicien et le peuple chuchoteur dans l'ombre des consciences, ne sont que des reliquats d'anciennes pratiques païennes dont l'efficacité a été récupérée par les monothéistes triomphants. Les Djinns engendrés par la flamme sans fumée ne sont probablement que la version autorisée des déités platoniciennes façonnées dans le Feu démiurgique du « Timée ».

Certains se demanderont quel rapport peut exister entre les Fées, ces entités évanescentes occidentales, et les Djinns issus du crépuscule oriental ? Ce ne sont que les deux aspects d'une même réalité, celle qui met en évidence les communications d'un monde intelligible et du monde sensible, par le biais des daïmons.

 Dominique BECKER

 
 

 
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Dernière modification : 22 Février 2007