Les Djinns - I
    

 

 

 

Les confins du désert répercutent d'étranges échos. Des lumières tremblotantes scintillent dans le velouté obscur des nuits orientales. Des chants mystérieux, des formes lentes brisent l'harmonie nocturne des petites collines ensablées. Une cérémonie est célébrée, tentative désespérée pour trouver des alliés et lutter contre les infortunes d'une vie misérable. Une existence broyée par les aléas cruels. De dures conditions de vie condamnent parfois les désespérés à recourir à quelques aides surnaturelles peuplant les recoins ténébreux de la Création.

« Le désert a connu d'innombrables herbes dont la seule paternité connue est l'obscurité... Elles poussent la nuit. Quelques-unes fleurissent alors, mais flétrissent au premier rayon du soleil et disparaissent comme le font les gens du désert. L'invisible est derrière toutes choses secrètes, mais les gens de l'invisible n'ont aucun rapport avec ce que nous croyons placé sous leur influence, car ce ne sont que des créatures comme nous... »

Ibrahim Al Honi, « L'Herbe de la Nuit », Editions L'Esprit des Péninsules

On invoque dans la géométrie parfaite de l'oeuf, miroir vivant de l'univers, les démons de la Nuit, si précieux pour satisfaire tous les désirs, même les plus illicites.

« ... et, lorsque le soir noie le paysage odorant de vapeurs bleuâtres, ils épellent sans relâche les noms secrets des divinités de la nuit, les esprits qui habitent l'eau, le feu, l'air et la terre... On chante et l'on danse encore pour accompagner la fécondation de l'olivier, du figuier. On chante, on danse et l'on évoque les esprits pour la construction des maisons. »

« En Algérie, le modernisme n'a pas tué la sorcellerie » - article de Nostra n° 321

Traditions archaïques toujours célébrées, ce qui fait dire à Gérard Viaud (auteur de « Magie et Coutumes Populaires chez les Coptes d'Egypte », aux Editions Présence) que :

« Lorsque les croyances populaires ne sont plus dirigées vers la religion, elles dérivent vers les djinns, les esprits et la magie. »

C'est le mariage de l'ombre et de la lumière, le souvenir des Temps Anciens où l'homme vivait avec ses dieux et agissait en fonction de leurs enseignements, tout en maintenant une communion étroite avec son environnement.

« Il existe autour de nous des sacrements du bien, comme il existe des sacrements du mal, et notre vie et nos actes se déroulent, je crois, dans un monde insoupçonné, plein de cavernes, d'ombres et d'habitants crépusculaires. »

Arthur Machen

Ce monde nébuleux, ésotérique, mélange d'obscurité et de clarté, est fortement ressenti et vécu par les populations du Proche-Orient. Le passage du Christianisme et de l'Islam n'a pas changé les croyances et les usages multiséculaires, mais a jeté un pudique manteau de rigueur doctrinaire sur une spiritualité indisciplinée et rêveuse où une humanité agitée levait la tête vers les étoiles pour y trouver des dieux.

Nous sommes à l'aube du monde. Une divinité omnipotente et omnisciente, rectrice de l'éternité, décida de conférer à sa transcendance une dimension matérielle.

« Nous avons créé les humains à partir d'une argile dure transformée par l'eau en fange putréfiée et liquide et Nous avons créé auparavant les djinns à partir d'un feu sans fumée. »

« Coran », 15, 26-27

D'après cet extrait des paroles inspirées au Prophète Mahomet par l'Ange Gabriel, avant l'humanité furent créées des entités nommées djinns - terme donnant naissance, en langue française, au mot « génie ».

La locution étrange « feu sans fumée » désigne, selon Mujahid, l'extrémité des flammes, reconnue plus pure par les philosophes-physiciens arabes.

a/s...

 Dominique BECKER

 

 
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Dernière modification : 22 Février 2007